Des cendres sur le Bouddha – La transmission dans la tradition Zen.

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Le maitre Seung Sahn Soen-sa

Le maitre Seung Sahn Soen-sa

La tradition du bouddhisme Zen possède une fragrance bien particulière, une saveur propre et unique qu’il est bien difficile d’expliquer ou même de comprendre. D’ailleurs doit-on essayer de la comprendre ?  Une saveur ne peut être « comprise » mais goûtée. Il faut en faire l’expérience directe et organique. Il en est de même pour l’éveil.
C’est pour cela que les Maîtres Zen ont toujours privilégié la rigueur de la méditation assise et la transmission directe aux grands débats et aux confrontations intellectuelles.  On pourrait même dire que le Zen ne commence qu’au delà des pensées et des classifications mentales. Si vous comprenez le Zen, et bien ce n’est pas le Zen !

Pour « réveiller » un disciple, le Sensei (maître) utilise tous les moyens nécessaires, souvent puissants mais déconcertants. A la pratique d’une stricte méditation assise appelée Zazen, certaines lignées ajoutent le travail sur les Koans : des énigmes apparemment absurdes chargées de couper le mental à la racine et dont la réponse apparaît par une sorte d’intuition . Le Koan le plus connu est certainement le fameux : « Quel est le son d’une seule main qui applaudit ? »
Les entretiens du maître avec ses disciples sont aussi un moyen privilégié pour tester leur  compréhension et les pousser dans leurs retranchements.
 Nous en avons un très bel exemple avec  cette  retranscription d’une matinée d’entretiens du maître coréen Seung Sahn Soen-sa avec ses disciples.
On peut y goûter un  peu de cette saveur si particulière, un peu de ce parfum aussi déroutant qu’il est envoûtant.
Et comprenne qui pourra….!

Un dimanche matin un étudiant entra dans la pièce des entrevues au Centre zen de Providence et se prosterna devant Seung Sahn Soen-sa. Soen-sa demanda : « Qu’est ce que tu as apporté ici ?  »
L’étudiant frappa le sol.
Soen-sa dit : « Est ce la vérité? »
L’étudiant frappa de nouveau le sol.

Soen-sa ajouta : « Tu comprends Un, mais tu ne comprends pas Deux. »
L’étudiant frappa le sol une fois de plus.
Soen-sa dit : « Une deuxième offense n’est pas permise. »
L’étudiant se prosterna et partit.
L’étudiant suivant entra dans la pièce. Soen-sa lui demanda : « Qu’est ce que tu as apporté ici ? »
L’étudiant dit : « Je ne sais pas. »
Soen-sa dit : « Depuis combien de temps est-ce que tu pratiques le Zen ? »
L’étudiant répondit : « Depuis trois mois. »
Soen-sa demanda : « Pourquoi est-ce que tu pratiques le Zen ?
– Je pense trop. J’aime le calme »
Soen-sa dit : « D’ou vient ta pensée ?
-Je ne sais pas. »
Soen-sa dit : « Cet esprit « ne sais pas » tranche toutes pensées ; c’est le véritable esprit calme. Aussi, demande-toi « Que suis-je? » tout le temps, et garde ton esprit « ne sait pas ». »
L’étudiant dit : « Merci beaucoup. »
Soen-sa dit : « La prochaine fois, apporte ton esprit « ne sait pas ». »
L’étudiant se prosterna et sortit.
Plusieurs étudiants allaient et venaient. Un étudiant vint, et Soen-sa demanda : « Qu’est ce que tu as apporté ici ? »
L’étudiant cria : « KATZ!!! »
Soen-sa mit sa main sur ses oreilles et dit : « Ton KATZ m’a brisé les tympans. »
L’étudiant de nouveau cria : « KATZ!!! »
Soen-sa demanda : « KATZ, est-ce tout ce que tu as apporté ? »
L’étudiant répondit : « Non. »
Soen-sa dit : « Alors, donne-moi quelque chose d’autre. »
L’étudiant se leva, se prosterna et dit : « Est-ce que vous avez bien dormi la nuit dernière ? »
Soen-sa répondit : « Pas mal du tout, merci. Maintenant, va boire du thé. »
L’étudiant sortit.
L’étudiant suivant entra. Soen-sa dit : « Qu’est-ce que tu as apporté ici? »
L’étudiant frappa le sol. Soen-sa dit : « Est-ce la vérité ? »
L’étudiant dit : « Non. »
Soen-sa demanda : « Quelle est la vérité ? »
L’étudiant dit : « Aujourd’hui, nous sommes le dimanche 22 Juillet 1973. »
Soen-sa ouvrit son livre de kong-an (Koan) et dit : « Autrefois, un Maître Zen a dit : « Lorsque tu entendras le chant d’un coq en bois, tu comprendras ton esprit. » Qu’est ce que cela signifie ? »
L’étudiant dit : « Une fille en pierre danse sur la musique d’une flûte sans trous. »
Soen-sa dit : « Pas mal. Maintenant, j’ai une question de plus pour toi. Une personne vient au Centre zen une cigarette à la main, souffle de la fumée et laisse tomber des cendres sur le Bouddha. Si tu es le Maitre Zen, que peux-tu faire ? »
L’étudiant dit : « Je la frapperai. »
Soen-sa : « Cet homme est très fort. Il comprends seulement qu’il est Bouddha, qu’il est Dharma. Il te frappera en retour. »
L’étudiant dit : « Alors je me contenterai de m’asseoir. »
Soen-sa dit : « Tu es un Maitre Zen. Tu comprends que cette personne est attachée à la vacuité et au vide. Si tu te contentes de t’asseoir, tu ne lui enseigneras rien. »
L’étudiant dit : « Je ne suis pas un Maitre Zen, comment donc est-ce que je pourrais le savoir ? »
L’étudiant et Soen-sa rirent ensemble. Soen-sa dit : « Tu dois pratiquer sérieusement. J’espère que tu atteindras rapidement l’illumination. »
L’étudiant dit : « Merci beaucoup », se prosterna et sortit.

-Seung Sahn- » Cendres sur le Bouddha »

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