Du yoga, des voyages et autres merveilles…

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Essai sur la magie du yoga, ou l’art de transformer nos catastrophes intérieures en cadeaux merveilleux

Il y a des années, quand j’étais au Collège (l’équivalent du Lycée en Suisse), Mme Resasco, ma professeur de français bien aimée, m’avait dit alors que j’avais de la peine à écrire un devoir, d’écrire justement sur cette difficulté… J’ai repense donc à elle et à son excellent conseil alors que je peine à me mettre devant mon ordinateur pour écrire un article sur le yoga.

Parler du yoga, c’est presque une imposture, comment mettre des mots sur un silence sans l’appesantir, l’écraser, le froisser, alors qu’enfin on avait atteint la légèreté ? Et voilà, est-ce que la légèreté peut-être atteinte ? Obtenue ? Ces mots ne sont-ils pas obscènes ?

 

 On ne fait que se défaire de ce qu’on est pas. Et si ce qui reste est indescriptible, on peut facilement décrire toutes les couches que l’on a posées sur le sol, ces vieilles peaux mortes du corps et de l’âme : nos désirs tyranniques, nos attentes despotiques, nos illusions déformantes, ce verre épais à travers lequel on perçoit la réalité (Samskaras) et ma foi oui, on voit un peu plus clairement en soi et autour de soi quand on est pas occupé à vouloir, ou à fuir (cf Kleshas = afflictions).

La beauté étourdissante du monde. L’inutilité de ce que l’on percevait comme «nos besoins».

Alors bien sûr certaines âmes éveillées n’ont pas besoin de se contorsionner sur un tapis de yoga pour bénéficier de ce salutaire élargissement de perspective, elles sont déjà suffisamment présentes à la vie. On peux y arriver autrement, par «accident» ou en voyageant par exemple…  Nicolas Bouvier l’exprime très bien dans cette phrase, où l’on pourrait remplacer le mot voyage par yoga :

«On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait…» (L’Usage du Monde)

Comme lui, j’ai toujours été de celles qui ont besoin de mouvement pour apprécier l’immobilité, de voyages pour apprécier mon chez moi, de contrastes. De longues heures de solitude pour savourer une rencontre (et ensuite de solitude à nouveau pour digérer, mais il paraît que c’est le syndrome des hypersensibles…).

Et comme lui je crois, j’aime être défaite de mon identité factice, de mes perceptions erronées, de mes pré-jugés ainsi que du fardeau de mes attentes comme de mes peurs.

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Une troisième chose peut, à mon sens, produire le même effet inattendu : les échecs. Mais alors il faut avoir la grâce de lâcher prise, car sinon on ne peut recevoir le cadeau et notre ego intègre cette information comme nouvelle partie constitutive de notre identité, qui se cristallise, et devient donc encore plus opaque et misérable… Mais si vous avez une fois vécu cet allègement total après un gros échec (qu’il soit sentimental, professionnel ou de n’importe quel ordre, tant que c’est quelque chose qui vous tenait réellement à cœur), vous savez de quoi je parle. Je retrouve à ce propos quelques mots que j’ai écrit récemment dans mes notes :

Merci pour tout mes ratés, qui seuls me montrent l’échec total de mes stratégies de fuite et de contrôle, fuite de moi-même et contrôle illusoire de la réalité, replis maladif sur mon ego et refus de la beauté inéluctable et terrible de la Vie.

Quand je n’ai pas été capable sur le moment de lâcher prise face à un échec ou à une difficulté, alors la pratique du yoga n’a pas cessé, par la suite, de transformer mes catastrophes intérieurs en cadeaux merveilleux. Mais au fait, c’est quoi, le cadeau ? Se rendre compte que l’on ne peux pas prétendre être heureux à cause de quelque chose ou quelqu’un, ni mettre une condition au bonheur. Le bonheur, le vrai, est complètement gratuit. Et puis, on est là, et ça ne suffit pas ??? (Pour l’ego ça ne suffira JAMAIS, puisqu’il  confond bonheur avec confort, position ou possession, et par définition n’en a jamais assez. L’état du monde et de notre société capitaliste en est le triste reflet…)

Mais je reviens à Nicolas Bouvier, grâce à qui je m’étais mise sur la route il y a des années, et je m’étais cherchée dans le monde avant de le faire sur mon tapis de yoga. «L’Usage du Monde»… Comme j’ai aimé ce livre, et ce mot. Le monde comme moyen de connaissance de Soi. Des années après, je suis arrivée à la pratique du Hatha Yoga, qui utilise le corps à cette même fin.

Alors là je m’autorise une petite digression :

Je lis souvent (notamment dans certains articles de Yoganova magazine ), des critiques à propos du fait que le yoga que l’on pratique et enseigne aujourd’hui en Occident est trop physique, alors que le «véritable» yoga concerne plus que cela. Evidemment, je commence par souligner que pour moi aussi, le yoga c’est plus que les postures. Mais ça passe souvent par les postures. Comme je l’ai dit plus haut, le corps dans le Hatha-Yoga n’est pas le but en soi, mais c’est le moyen que l’on utilise pour se connaître soi-même. C’est le véhicule de notre âme en ce monde, et ma foi je trouve qu’il est plutôt merveilleusement conçu et que c’est encore plus miraculeux que l’on puisse accéder à notre vérité profonde en respirant dans des postures plus ou moins exigeantes ! J’ai pour cela une reconnaissance et un étonnement infini.

Si j’ai mis des guillemets à «véritable» c’est que je suis un peu fatiguée par ce que je perçois comme  une guerre d’égos (donc pas très yoguique) prétendant qu’il y aurait les justes d’un côtés et les faux de l’autre. Effectivement, le yoga s’est développé de manière très rapide en Occident ces derniers temps, et je crois que ça répond à un réel besoin. Effectivement, l’accent est mis sur les postures, et je crois que c’est parce que les occidentaux sont  en général déconnectés de leur corps à cause de leur mode de vie et que reprendre contact avec lui d’une manière non compétitive leur est très salutaire ! Alors bien sûr, comme toujours et comme partout, il y a du bon et du moins bon, du mauvais même, mais je crois que les charlatans n’ont pas attendu ce moment pour exister, et que la qualité d’un enseignant tient à son honnêteté et à son investissement, plus qu’à son origine… Nous savons tous qu’il y a des charlatans en Inde également il me semble, et que l’origine géographique ne suffit pas à garantir quoi que ce soit. A chacun de s’écouter pour Se trouver, et trouver l’enseignant qui lui convient. Je crois encore, peut-être à tort, que même quelqu’un qui serait attiré par le yoga «uniquement» pour sa composante physique, c’est à dire pour se muscler par exemple, s’il pratique régulièrement, bénéficiera presque inévitablement à un moment ou à un autre d’effets «secondaires» plus subtiles. La magie du yoga fait son chemin, parfois malgré nous.

De la même manière que la vie nous réveille, parfois malgré nous, et violemment quand on avait pas saisi le message dans sa version précédente plus douce… D’où les catastrophes merveilleuses.

 

Je pense que, comme beaucoup d’autres enseignants, je n’aurais pas été amenée à enseigner le yoga sans certains accident de parcours, dont je suis avec le recul bien reconnaissante. Enseigner ce que j’ai appris en trébuchant, me relever en enseignant, parfois même, voici la grâce qu’illustre cette phrase de Richard Bach avec laquelle je vais conclure :

«On enseigne le mieux ce que l’on a le plus besoin d’apprendre.»

 

Alors à tous les yogis et yoginis, les fêlés les illuminés les acharnés les paresseux les obsessionnels les dilettants, les passionnés ceux qui doutent et se remettent toujours sur le chemin, et les autres : Ommm Shanti

Chloé

« L’usage du monde » de Nicolas Bouvier, un livre qu’il faut lire.

« L’usage du monde » de Nicolas Bouvier, un livre qu’il faut lire.

Et vous qu’en pensez-vous ? Faites nous en part dans les commentaires.

Chloé Bovay

À Propos de Chloé Bovay

Quand Chloé va à son premier cours de yoga en 2007 c’est très clair : c’est ce dont elle a besoin pour se sentir bien, et se sentir tout court. L’ancrage dans le corps, qui amène le calme dans les pensées, tout est déjà là… Et puis, un sentiment de complétude. Quelques années plus tard, les hasards de la vie l’amènent à Zürich, où elle entreprend une formation pour approfondir sa pratique et sa connaissance de cet art. Elle y trouve alors ce qu’elle avait cherché en vain dans ses études de philosophies à l’Université auparavant : « Une sagesse en action » (T.K.V. Desikasar). De retour à Genève, sa ville natale, elle se voue à l’enseignement avec engagement, sincérité et humour depuis 2011.

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