L’ Ayahuasca, dangers et promesses des voyages chamaniques

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Le tourisme chamanique est un nouveau business florissant au Pérou qui fait la fortune de certains chamans et le bonheur des Occidentaux en quête de spiritualité. Au cœur de ce nouvel engouement : l’ayahuasca, un breuvage traditionnel aux vertus mystiques.

Ils sont prêts à parcourir des milliers de kilomètres pour vivre l’expérience ultime, à la recherche de la paix intérieure et d’un approfondissement de soi. Au programme de ce voyage des rituels traditionnels autour d’un breuvage ancien généralement utilisé par les chamans des tribus indiennes d’Amazonie : l’ayahuasca, une décoction fabriquée à base de plantes psychotropes hautement hallucinogène. Depuis 2005, en France, elle est au registre des stupéfiants et donc interdite. Depuis quelques années, elle est devenue un véritable marché touristique pour les pays qui l’autorisent. Au Pérou, elle est utilisée depuis des siècles dans le cadre de la médecine traditionnelle et de pratiques divinatoires. Remède aux maux de l’occident pour certain, dangereux stupéfiant « sectoïdal » pour d’autres, l’ayahuasca provoque chez tous un incontestable intérêt.Les agences de voyages ont saisi le filon et les sites internet fleurissent, proposant des séjours « clé en main » de purification du corps et de l’âme. Au programme, rencontre avec les communautés indigènes et initiation chamanique avec de l’ayahuasca. Pour certains, l’expérience est inoubliable, pour d’autres, elle fut insupportable.

 

LA LIANE DES ESPRITS

 

Son nom vient de la langue indienne Quechua et est formé de l’agglutination aya et huaskaqui se traduit ordinairement par la liane des esprits, de la mort ou des âmes. Dans de nombreuses communautés indigènes, l’ayahuasca est utilisé pour un usage thérapeutique ou divinatoire. Les tribus l’utilisent depuis des millénaires comme un outil de purification lors de rituels de guérison sacrés. Cette plante permettrait de rentrer dans un état de transe afin de communiquer avec les esprits de la nature et purger les maux de l’âme et du corps. Elle permettrait d’élever l’état de conscience et voir même, de soigner des maladies importantes.L’absorption de ce breuvage est faite sous le contrôle d’un chaman : il est l’intermédiaire entre le monde des esprits et celui des vivants. Il est le guide du voyage qui, dans un état de conscience modifié, permet aux individus d’aller à la rencontre de l’invisible. L’ingestion conduit à un détachement total de la réalité, une évasion spirituelle par un « voyage astral ». Extases, visions éclatantes, lucidité extrême… en d’autres termes, l’ayahuasca est une boisson narcotique aux effets puissants. Mais, absorbé dans de mauvaises conditions de préparation, cet hallucinogène peut provoquer des réactions terribles : paranoïa, schizophrénie, traumatismes ou même la mort. Une préparation drastique doit être effectuée avant, pendant, et après le rituel. Les conditions sont très strictes : isolement dans la forêt, diète et abstinence sexuelle, pas de contact avec le feu, exclusion totale de certains aliments ainsi que de toutes drogues, alcools et médicaments. Plusieurs spécialistes indigènes affirment qu’il faut de longues années de pratique, jusqu’à 25 ou 30 ans, pour atteindre une vraie maîtrise de l’ayahuasca et pour être à même de l’administrer dans de bonnes conditions. Les bons ayahuasqueros sont donc rares.

 

LE BUSINESS CHAMANIQUE

 

Une hutte où se déroulent les « cérémonies » en groupe. Chaque « voyage » peut durer des heures…

Une hutte où se déroulent les « cérémonies » en groupe. Chaque « voyage » peut durer des heures…

Au Pérou, le commerce autour du chamanisme s’est fortement développé, notamment chez les tribus Yagua ou Shipibo et au Nord-Ouest, dans un triangle délimité par les villes de Tarapoto, Pucallpa et Iquito. De nombreux touristes affluent afin de goûter à ce breuvage. Ces voyages initiatiques sont motivés par la prétendue recherche d’un « retour aux sources », d’un « retour à la nature », d’une « protection contre les maux de la société contemporaine matérialiste », parfois d’une « nouvelle forme de spiritualité »… Avec le fort développement d’Internet, il est désormais facile pour les curieux de tenter l’expérience. De nombreux centres ont des relais en France ; et ils sont des centaines à proposer un package « découverte », garantissant un voyage initiatique avec prise d’ayahuasca par un véritable chamane. « Sérieux » et « authenticité » sont les mots d’ordre du séjour. Mais la croissante popularité de ces pratiques amène à de nombreuses dérives et « attrapes-touristes », s’éloignant de la véritable pratique socioculturelle locale.

Les Indiens amazoniens, riches par leur culture et leurs traditions ; le sont bien moins économiquement. Si la médecine traditionnelle relance l’économie péruvienne ; l’arrivée massive de ce nouveau tourisme spirituel n’est pas sans impacts négatifs. Le comble est que cette nouvelle manne financière liée au  tourisme initiatique en Amazonie déstabilise l’économie locale des contrées amazoniennes. L’afflux des devises des Occidentaux, qui bénéficient souvent au chef de village, incite les Indiens à se consacrer exclusivement à cette activité très lucrative, au détriment du développement d’une véritable économie. De plus, l’ampleur de ce tourisme a ouvert la porte à de nombreux charlatans qui s’improvisent chamans. En quelques semaines, ils peuvent gagner l’équivalent d’une année de salaires péruviens. Sauf qu’avec les rites ancestraux, il ne faut pas plaisanter. Les procédés peuvent s’avérer dangereux, surtout quand on ne les maîtrise pas.

LES DANGERS DE CE NARCO-TOURISME

 

L’ambassade de France au Pérou met en garde les voyageurs sur son site internet. Pour eux son usage peut avoir des conséquences médicales graves : « De nombreux guides touristiques ainsi que des centres d’éco-tourisme peu fiables proposent des initiations au chamanisme », rapporte l’ambassade. « Ainsi, le centre Sachawawa à Tarapoto fait, en particulier, l’objet d’une enquête judiciaire à la suite du décès d’une Française, en août 2011, dans des circonstances non encore élucidées ». Ce nouveau narco-tourisme inquiète les autorités occidentales. Le cas de cette Française n’est pas unique. La même année, Fabrice Champion, cofondateur de la compagnie d’acrobates les Arts Saut, est décédé près d’Iquitos. Son corps avait été retrouvé dans une maloca, grande hutte communautaire où les indigènes s’adonnent à des rites chamaniques.Un rapport de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) avait déjà, en 2009, consacré un chapitre entier sur les dangers de l’ayahuasca. Ce rapport insiste sur le fait que l’absorption de ce breuvage peut se« révéler particulièrement violent », qu’il amène à « un douloureux voyage sur soi-même avec vomissements, convulsions physiques, profonde détresse mentale… même lorsque cette substance est absorbée dans de bonnes conditions, c’est-à-dire sous la surveillance d’un chaman expérimenté ». L’internationalisation de l’usage de l’ayahuasca et son appropriation par les sociétés occidentales devient une question hautement problématique.
Article paru sur lejournalinternational.fr

 

Mon expérience de l’ayahusca

Plusieurs minutes passent dans un silence complet, j’ai l’impression que les bruits étranges entendus plus tôt ont totalement disparu. Carlos se met alors à chanter, en espagnol, je crois. Enfin je n’sais pas trop, mais on appelle ça Icaros. J’ai lu que ces chants permettent de guider l’esprit et que chaque chant à une fonction bien précise.

10 minutes passent, puis 20 et 30. Carlos se met à chanter plus intensément.
Je ressens quelques nausées au début suivi tout à coup par des visions intenses et vives. Des formes géométriques, de toutes les couleurs, qui virevoltent, bougent et gigotent dans tous les sens, ça explose. Chaque son devient une couleur, chaque chose devient un son. Je ne comprends pas ce qui se passe, mais c’est magnifique. J’entends Carlos chanter différemment, puis je commence à voir autre chose.
C’est très dur à décrire, mais en gros tout ce que je regardais autour de moi, me regardait en retour. Les arbres, la terre, le ciel, la lune. J’avais l’impression de comprendre les choses et de les perdre très vite. Puis j’ai eu quelques moments où j’ai pensé à moi, à ce que je vivais dans ma vie en ce moment. Je voyais les choses que je traversais, de l’extérieur. Comme si j’étais mon propre juge. C’est très difficile à d’écrire et je crois que cette partie-là et très personnelle…

-Como està ? me demande Carlos
-Està bien, gracias

J’ai immédiatement senti l’envie d’en prendre plus, comme-ci ce n’était pas suffisant. J’ai l’impression que Carlos l’a ressenti, car il me demande si je souhaite encore en boire un peu. Je réponds oui, très enthousiaste.

Pourquoi ai-je toujours besoin de plus?
Pourquoi n’était-ce pas suffisant?
Que me manquait-il?

Carlos se met à chanter différemment encore, je ressens une succession de vagues, comme-ci on venait fouiller au fond de mes tripes, comme un scanner qui débusquerait des zones sombres.
Là, la vision de lumière et de joie que j’ai ressenti quelques minutes avant s’était complètement envolée, laissant place à quelque chose de beaucoup plus sombre. Mon estomac criait et mon corps a tout d’un coup éclaté en sueur froide.
Je me sens fiévreux et là je me dis;

oh merde, qu’est-ce que j’ai fait …

Exemple de symboles chamaniques observables durant l’expérience, le thème des serpents entrelacés revient souvent.

Exemple de symboles chamaniques observables durant l’expérience, le thème des serpents entrelacés revient souvent.

DE LA LUMIÈRE VERS LES TÉNÈBRES

Je choppe d’un seul coup le seau qui se trouve à côté de moi et je commence à vomir mes trips et mon exécrable égo. Je vomis à en crier et avec une telle force que la meilleure description serait une explosion nucléaire déchirant le tissu de tout ce qui m’est réel. J’ai des visions intenses de bombardement provenant de tous les côtés, je ne peux pas donner un sens à quoi que ce soit.
Émotionnellement je suis comme un volcan en éruption. Mon âme n’est plus reliée à mon corps ni à tout ce qui m’entoure. Je suis dévoré par la peur et la solitude. Cette expérience est un véritable enfer, et encore, je ne trouve pas de mots pour décrire cette horreur.
La première chose à me venir à l’esprit après un long moment c’est « comment me sortir de là ? », « comment faire sortir l’esprit de l’Ayahuasca qui est en moi ? ». Je réalise de temps à autre l’horreur que je vis, quelle expérience cruelle ! Alors j’essaie de reprendre mes esprits, de me dire que tout ceci n’est que dans ma tête.

Ok Ryan, t’es assez fort pour surmonter tout ça, reste calme.

Mais je rechute complètement ! Comme si je retombais dans un gouffre sans fin. J’ai l’impression qu’on s’amuse avec moi, comme si j’étais une marionnette, un jouet.
Et là, je prends conscience de quelque chose ; je ne suis pas aussi fort que ce que je croyais. J’ai peur, je me sens seul et perdu, au milieu de tout.

L’artiste Alex Grey essaie par ses peintures de faire partager les visions et les sentiments d’une expérience psychédélique.

L’artiste Alex Grey essaie par ses peintures de faire partager les visions et les sentiments d’une expérience psychédélique.

LA PRISE DE CONSCIENCE

Lentement, après presque une heure dans cet état là, je commence à prendre conscience de l’expérience que je vis. C’est une espèce de drogue que j’ai pris et comme toutes les drogues l’effet n’est que temporaire. Je ne sais toujours pas où j’en suis et je suis encore perdu, mais je suis touché de temps à autre par une espèce de clarté qui doit surement contenir une signification.
Puis d’un seul coup, je comprends qu’il faut que je renonce à contrôler ce qui se passe, qu’il faut tout simplement que je me laisse aller.

J’entends la voix de Carlos, je ressens sa voix comme un fil conducteur, un chemin à suivre, un phare dans le noir infini.
Et puis pour la première fois, j’ouvre les yeux …

Je crois que j’ai besoin d’aide Carlos, j’me sens mal

 

LA RENAISSANCE

Au petit matin je me réveille dans la chambre. Je ne sais pas comment je me suis téléporté ici, je ne me souvenais plus de rien.
Je sors dehors et vois Carlos qui me sourit.

-Tu te sens comment ?
-Bien, enfin je crois, c’était assez violent.
-Tu avais beaucoup de tensions oui, tu as bien vomi, c’est une bonne chose, tu t’es purifié.
-Oui, j’me sens léger en tout cas
-Il faudra continuer ta diète pendant une semaine et refaire une séance là où tu seras. Je pense que tu trouveras d’autres réponses. La première séance est toujours très violente pour le corps et l’esprit.

Je ne dis pas que l’Ayahuasca a radicalement changé ma vision des choses, mais j’ai appris quelque chose ce soir là, c’est que je ne pouvais pas tout faire moi-même et surtout qu’on est puissant et fort seulement avec le soutien de personnes qui nous entourent. Seuls nous ne sommes rien.

Après toutes ces années à voyager seul, j’ai l’impression qu’il fallait que je vive cette expérience pour comprendre que peu importe la force qu’on pense avoir, être entouré, avoir un phare ou ouvrir son cœur et demander de l’aide quel que soit la situation, est indispensable. La seule chose qui nous retient c’est notre ego, la peur et la honte.
J’ai aussi vu et compris beaucoup d’autres choses, beaucoup plus personnelles…

Je prépare mes affaires avant de partir.
En sortant, Carlos m’indique la direction à prendre et me dit;

-Ma maison est la tienne reviens quand tu veux ! Je suis content de t’avoir rencontré.
-Et moi donc, merci pour tout
-Surtout n’oublie pas, écoute ton cœur.

Nous nous serrons dans les bras et je pars sous la brume, le sourire aux lèvres. Je n’ai plus peur…

A ce jour, je n’ai toujours pas réessayé l’ayahuasca…

Témoignage initialement paru sur lesacados.com et lisible en entier ICI.

Pour aller plus loin :
Ayahuasca – Une expérience chamanique – Vers une renaissance spirituelle

Et vous qu’en pensez vous ? Voyez vous dans ces voyages psychédéliques une vraie opportunité de découverte de soi ou un moyen dangereux de se perdre ? Faites nous part de votre opinion dans les commentaires.

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