Le yoga, un chemin spirituel dès l’enfance?

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J’ai la joie de vous partager un premier article sur le yoga avec les enfants. Depuis que je suis maman, j’ai poursuivi mon chemin, en englobant dans mes essentiels, la relation à mes enfants. Naturellement, sans me poser de questions de manière intellectuelle au début, j’ai joué avec mes enfants dans les postures, ai tâtonné pour tenter de les apaiser en chantant, en proposant de postures, une relaxation ou un massage.  Au fil du temps, ce sont eux qui créaient des moments yoga à partir des jeux de chez nous.

Au cours de ma formation d’enseignant de yoga avec Claude Maréchal (Viniyoga), j’ai choisi d’approfondir le sujet, puis de partager mon expérience à travers un livre.

J’ai pris le temps de me relier à la tradition du yoga, aux Yoga-Sutras de Patanjali et au Yoga Rahasya de Natamuni (T. Krishnamacharya, Yogacarya, Yoga Rahasya de Sri Nathamuni), ai lu de multiples ouvrages, non seulement en yoga, mais également sur l’accompagnement des enfants, la parentalité, la communication bienveillante.  Je ressens un tel amour jaillir du cœur, des bouffées de tendresse, que ahimsa, la non-violence, est mon credo, mon intention première, à cultiver, arroser, déployer. Alors yoga ? Après une nuit blanche, des poussées dentaires, une petite colère et la fatigue qui s’accumule, diverses émotions émergent dans le quotidien d’une maman, qui pète parfois les plombs !

Aujourd’hui, accompagner les enfants en yoga, cela a-t-il un sens, du sens, chez nous en Occident ?

Viniyoga  et shrishti krama 

Le concept Viniyoga, développé et transmis par T. Krishnamacharya et puis son fils T.K.V. Desikachar,  invite à adapter les séances et postures à chaque élève, tenant compte de sa culture, de son âge, de sa personnalité de ses besoins  à un moment donné.

Le yoga transmis aux enfants est dénommé le shrishti krama, adapté à cette phase d’expansion et de croissance qu’est l’enfance.

Selon le Yoga Rahasya, jusqu’à l’âge de 25 ans, on est un « brahmacari ». Un brahmacari est un jeune garçon initié à l’Upanishad au bon moment par un maître compétent et selon les préceptes des Veda (T. Krishnamacharya, Yogacarya, Yoga Rahasya de Sri Nathamuni, p. 115). « L’éducation d’un enfant devrait développer ses capacités  physiques et mentales. Ceci est atteint par une pratique correcte du yoga » (commentaire du verset 7, T. Krishnamacharya, Yogacarya, Yoga Rahasya de Sri Nathamuni, p. 115). Les versets  8 à 12 du chapitre sur le Viniyoga donnent des recommandations sur la pratique du yoga. A partir du verset 9 sont citées les postures à pratiquer par les jeunes. Si le shrishti krama  s’adresse aux personnes de 0 à 25 ans, il doit encore être affiné et adapté selon des tranches d’âges plus précises.

Ces textes de tradition indienne me donnent une base, des pistes, des sujets de réflexion. Mais rien de concret surtout lorsqu’il s’agit d’adapter le yoga à notre culture et à notre quotidien ici en occident !

Alors, cheminer en yoga dès l’enfance?

Un chemin de découverte de « qui suis-je ? »

Apprivoiser son corps, ses pensées, ses émotions

Le yoga invite l’enfant à apprivoiser son corps, à écouter les sensations physiques, à remarquer ses pensées et vivre avec ses émotions. Des temps d’observation, des jeux à travers le corps dans les postures, des relaxations sont autant d’occasions de prendre le temps de découvrir comment fonctionne le corps, comment il respire. Comment je remarque que j’ai une émotion ? Comment cela « parle dans ma tête » ?

L’enfant observe qu’il est le contenant de tout cela, et que cela change tout le temps.

Se relier à la nature et au monde changeant

Le yoga est une opportunité de suivre le rythme des saisons, de regarder et d’observer la nature.

Les enfants proposent des séances qui se racontent au fil des saisons, des fêtes et de nos traditions.

Regarder ainsi tout ce qui change autour de nous, qui nous affecte un peu, beaucoup, intensément, et découvrir petit à petit que je peux prendre du recul et accueillir le mouvement de la vie. Trop compliqué pour les enfants ? Sans l’exprimer de manière philosophique, ma fille (à 7 ans) comparait la vie et son déroulement à un film, tantôt comique, tantôt triste, tantôt western, etc… « Maman, je suis la spectatrice, comme au cinéma !».

Découvrir ses dons, choisir sa voie

Petit à petit, en laissant l’enfant faire ses expériences, en le laissant dans son élan de découvrir la vie et dans son élan de créativité, il découvre ce qu’il aime faire et partager, il prend confiance en lui et peut-être trouvera-t-il sa voie (svadharma).

Continuer à jouer et à rire

Faut-il devenir sérieux en grandissant, arrêter de jouer ? Si on peut aimer faire les choses sérieusement, on peut aussi les faire sans se prendre au sérieux. Découvrir que la vie se joue en nous, nous proposant de multiples changements pour aller vers notre nature profonde, notre essence, et de nous rappeler que nous ne faisons qu’un avec elle.

Je me suis amusée à relire l’étymologie du mot jeu. De manière générale, il se réfère à de l’amusement; il vise également des activités soumises à des règles ou encore des jeux de rôle. C’est aussi le mouvement et la liberté de mouvement entre deux pièces ou dans un mécanisme.

Ne retrouve-t-on pas cette notion de jeu dans le yoga ?

  • citta vritti: le jeu, le mouvement des pensées et l’espace qui les sépare,
  • dans sthira sukham asanam : explorer le jeu entre la stabilité et le bien-être au cœur d’une posture,
  • dans les postures quand je me relie à leur symbolique,  « et si on disait que j’étais un « guerrier » » ?
  • le jeu avec le souffle, tantôt il s’allonge, tantôt il est suspendu.

Enfin, ce chemin n’est-il pas un long chemin d’exploration digne de nos grands jeux d’explorateurs quand nous étions enfants ? Et il ne s’arrête jamais…La vie se met en scène, nous y jouons un ou plusieurs rôles et découvrons que nous pouvons tourner notre attention vers ce qui regarde ce jeu, vers cet espace où tout est calme et rien ne change.

L’enjeu se situe au cœur de notre être, le « je » se reliant à sa Source. Alors, « faites vos jeux » ?

Cela m’a pris du temps avant de me lâcher dans les cours avec les enfants. Maintenant, je joue, je me déguise, je ris, je mime, je joue avec eux.

Yoga, grandir dans le jeu et la joie profonde, le sourire aux lèvres.

Un chemin de relations

Le yoga envisage la relation à soi ainsi que les relations aux autres. Pour ma part, j’ai introduit dans ma démarche le processus de la Communication NonViolente de Marshall Rosenberg (CNV) qui est pour moi le pendant naturel du 1er Yama de Patanjali, la non-violence, a-himsa.  Est-ce spirituel ? Marshall Rosenberg propose comme fondement spirituel de la CNV, ce qu’il nomme « énergie divine d’amour », « beloved divined energy »(M. Rosenberg, Spiritualité pratique, Les bases spirituelles de la Communication NonViolente).  Quand j’entre en lien à partir de cette énergie divine et que je me connecte à l’énergie divine de l’autre, le lien se crée de cœur à cœur.

Au quotidien : Pour répondre à de multiples et besoins 

Ce qui me fascine dans le yoga, c’est sa « complétude ». Je peux commencer enfant et poursuivre jusqu’à la fin de ma vie. C’est pour tout le monde, petit, grand, souple, raide, malade ou en bonne santé… Et il me propose diverses techniques ou pratiques pour répondre à des besoins très divers de l’enfant.

Alors comment faire ? Comment être ? Selon les besoins du moment, on pourra proposer certaines postures, des jeux de respiration, une relaxation, un dessin, des visualisations, des sons, une balade à l’extérieur, un câlin…

Se détendre

Une relaxation, un balayage du corps, pour atténuer des tensions, pour se préparer à la nuit.

Mes enfants me partagent maintenant leurs tensions, quand il y a un stress. Ils repèrent ce qui se passe dans leur corps ou sur leur respiration. Ils deviennent autonomes progressivement et trouvent seuls des clés pour apprivoiser les situations de stress.

Se réveiller

Respirer, s’étirer, se mettre en mouvement pour faire circuler l’énergie et commencer sa journée ou se redonner de l’énergie en cours de journée.

Se concentrer

A la maison, à l’école ou dans mes loisirs, des exercices d’attention et de concentration vont aider l’enfant petit à petit à focaliser son attention (pour le yoga en classe, voir le RYE

A son rythme sur le chemin – Ralentir

Dans le rythme de vie d’aujourd’hui, mes enfants me font part de leur besoin de faire des pauses, de prendre le temps de faire un « arrêt sur image ». Au cours d’une journée, prendre une pause, quelques minutes, quelques secondes, en choisissant où poser son attention. Le matin, pause réveil, je goûte mon corps qui se réveille. Pause bisou avant d’aller à l’école. Pause en classe, quelques secondes quand je m’assieds. Pause posture peut-être. Pause midi, en savourant la 1ère bouchée de mon pain. Pause goûter. Pause jeux. Pause avant de se mettre à étudier… respirer, souffler, s’offrir des bouffées d’oxygènes. Autant d’intermèdes respirants qui préservent l’énergie et qui favorisent petit à petit le retour au calme intérieur.

Un chemin spirituel

Un petit garçon autiste  m’a dit un jour en fin de séance, en plongeant son regard au fond du mien : « Ton cœur sait qui tu es. ». Alors qui est le guide spirituel ?

Au-delà du bien-être physique, accompagner l’enfant en yoga, lui permet d’aborder toutes les dimensions de la vie, notamment sa dimension spirituelle.

Les enfants se posent des questions spirituelles. Ma fille : « Qui a créé les hommes, c’est Peyo celui qui a fait les schtroumpfs ? ». Mon fils : « Qui a donné un nom à Dieu et pourquoi on lui aurait donné des noms différents ». « C’est quoi le plus important dans la vie, être heureux ? C’est quoi être heureux ? ».

Je les regarde s’émerveiller, se plonger pleinement dans leurs activités, courir à moi avec un bouquet de pâquerettes du jardin. Je reçois leurs « je t’aime », leurs câlins.

Témoin de cet élan de vie et d’amour, choisir de me souvenir de mon essence, et faire retour vers le lieu du cœur, souvent, souvent, en les « élevant », c’est nourrir mon intention ne pas abîmer l’élan de vie, cette authenticité et cette profondeur qui les animent.

Il n’y a pas que les séances sur tapis ; c’est une démarche au quotidien, une intention de cœur dans l’accompagnement des enfants.

Petits mots en direct des enfants : « Je suis moins stressée à l’école. » « Je suis plus détendue et je sens mieux ce que l’autre ressent. »« Je m’amuse et je me détends. » «Je respire mieux. » « Mon corps est content et je suis contente. » « Je vois mes pensées dans des bulles de BD. »

A suivre …

 

Texte original de Catherine Blondiau , enseignante en yoga, ABEPY (Belgique).

Auteur du Livre Yoga pour les enfants et synergies d’huiles essentielles aux Editions Amyris.

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