Les Indes que l’on croit connaître…

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On croit connaître les Indes…

Des Chemins de Katmandou dans les années 60 avec l’introduction des mots « karma », « gourou », « nirvana », « tantra » ou « yoga » dans le vocabulaire des illuminés, des snobs, des affairistes, des new age, des végétariens et des bobos…

Train bondé en Inde

Train bondé en Inde

Jusqu’à aujourd’hui, avec « l’indianisation des services informatiques », grâce à une main-d’oeuvre qualifiée et bon marché, où les « gentils Indiens, protecteurs des vaches sacrées et adeptes de la réincarnation » se sont transformés du jour au lendemain en « méchants voleurs d’emploi »…

Personnellement, tous ces clichés m’emmerdent. Je déteste ce que les Occidentaux branchés ont cru faire des enseignements millénaires des sages indiens, en se répandant partout sur les bienfaits de la méditation, du yoga et du régime végétalien revisité par Madonna.
Tout ça est kitch, faux, nul, et méprisant pour les Indiens « in the first place », que l’on se plaît à qualifier comme bon nous semble. Qui d’entre vous n’a jamais entendu dire ou même proféré : « ah, vous avez la peau brune et êtes originaire d’Inde, vous devez être bon en informatique… »
Pourtant, la civilisation indienne a rayonné dans toute l’Asie dans les années 1700, représentant à l’époque la première puissance mondiale.

L’Inde est déroutante, l’Inde est une femme : aimez-la ou détestez-la mais n’essayez pas de la comprendre et encore moins de dire que vous la connaissez…

Je me suis rendue aux Indes par deux fois et tout ce que je peux dire, c’est que l’intense misère, même bariolée de mille couleurs et regardée du haut des temples par les 330 millions de dieux que compte le Sanâtana Dharma, pue la merde, l’eau sale, la sueur. Et les épices ont renoncé à lutter contre cette odeur qui est partout.
Oui, bien sûr, je lis dans la presse que le niveau de vie général s’élève régulièrement de Bangalore à New Delhi. Et qu’avec un peu de chance, le PIB dépassera celui des Etats-Unis en 2050.
Bonsoir, Madame Irma, merci d’être passée…

Je vois surtout une croissance à marché forcé pour un géant aux pieds d’argile.
Car qu’en est-il des Indiens ?

Les Indes, ce sont 500 millions d’agriculteurs qui vivent dans des villages jusqu’à ce qu’ils se suicident par dizaines de milliers, poussés à bout par la nouvelle économie de marché qui les incite, à grands renforts d’emprunts à taux usuriers, à investir dans les cultures commerciales et non plus vivrières. Cultures commerciales, telles le café et le coton qui ne rapportent rien au pays confronté aux barrières protectionnistes mises en place par les grandes puissances. Gandhi disait que l’agriculteur est à la base de l’économie indienne. C’est toujours vrai et cela doit continuer car de la bonne santé de l’Inde rurale dépend la prospérité de l’Inde toute entière.

Les Indes, ce sont 60% de foyers privés d’eau potable. 5 millions de personnes meurent de maladies liées à la contamination de l’eau chaque année (source OMS). Alors que le pays se vante d’être l’un des premiers producteurs au monde de médicaments et de vaccins !

Les Indes, c’est la nation la plus touchée par le virus du Sida. Sujet tabou dans le pays où les malades sont chassés de leur foyer, quand ils ne sont pas lapidés. L’information est nulle et les tests de dépistage hors de question pour des raisons socioculturelles ! Et pendant que les touristes jouissent de la nouvelle tendance du tourisme médical, 70 millions d’indiens souffrent d’une carence en iode : il suffirait de fournir du sel iodé pour l’alimentation…

Le plus grand bidonville d’Asie est à Bombay, à quelques minutes des hôtels cinq étoiles.
Les Indes forment 250 000 ingénieurs par an, alors qu’il y a une pénurie cruelle d’écoles primaires, de collèges et de lycées. Les meilleurs ingénieurs émigrent aux USA et en Europe : la fuite des cerveaux coûte à l’Inde plus de 2 milliards de dollars par an.

Bon, j’arrête et propose que nous tâchions de comprendre un peu mieux cette nation en regardant de plus près sa situation, mosaïque de religions et de communautés, et son histoire récente, aux explosions de violence récurrentes, alors que la majorité de la population est pacifique, modérée et respecteuse de la loi.
Les Indes, « démocratie souveraine, socialiste et laïque », sont composées d’environ 80% d’hindous, de 14% de musulmans, le reste de la population étant constitué de sikhs, de chrétiens, de bouddhistes et autres minorités religieuses.
Sans compter les centaines de milliers de réfugiés afghans, tibétains, bengladais et népalais.

Au moment de l’indépendance, en 1947, le sous-continent a été partagé en deux Etats : l’un musulman (Pakistan occidental et oriental, qui deviendra le Bengladesh) et l’autre hindou, l’Union indienne.
Cette partition a été accompagnée de mouvements massifs de populations et de terribles massacres. Certains experts avancent que les génocides entre hindous et musulmans auraient fait plus de victimes que l’Holocauste  !
Le souvenir de cette violence est profondément enraciné dans les mentalités et les responsables politiques populistes en attisent régulièrement le feu dans le sens de leurs intérêts.
En Inde, être chef du gouvernement est définitivement une profession à haut risque : Gandhi a été assassiné par un fanatique hindou, Indira Gandhi, assassinée par ses gardes du corps sikhs, son fils Rajiv Gandhi, assassiné par les Tigres tamouls…

Qui dit Indes, dit « castes » et ce fléau justifie encore et toujours les violations des droits de l’homme les plus ignobles et les plus scandaleuses. En 1955, après avoir adopté une constitution reposant sur l’égalitarisme, l’Union indienne a aboli le système des castes. Mais comment changer une mentalité vieille de 5 000 ans ?
Les mesures de discrimination positive en faveur des castes inférieures provoquent des tollés parmi les hautes castes qui y voient l’abandon de la notion de mérite. La question est loin d’être résolue.

Qui dit Indes, dit « mariage à l’indienne et système de dot », qui, sans entrer dans les détails, conduit chaque année à la ruine des centaines de milliers de familles et à la mort des centaines de milliers de jeunes femmes, appelées les« dowry deaths »ou « mortes pour cause de dot », brûlées vives par leur belle-famille.
Et puisque nous parlons de la situation des femmes, un simple chiffre qui donne le vertige, 23 000 petites filles ont été tuées à la naissance pour la seule ville de New Delhi en 2003 !

Une « énorme anecdote » pour conclure : une révolution se profile aux Indes, du fait des activistes naxalites !
Ces « Robins des Bois » luttent en faveur d’une société sans castes et sans classes. Ils contrôlent actuellement 30% du pays et envisagent d’en contrôler 60% d’ici quatre ans
Ils collectent les impôts, mettent en place des programmes d’irrigation, dirigent la justice, le système scolaire et propagent de nobles idées, tout en liquidant les grands propriétaires terriens.
Du nord au sud du pays, les naxalites sont organisés en vastes réseaux d’une efficacité redoutable et mènent 1 500 attaques par an faisant de nombreuses victimes parmi les policiers.
La solution pour en venir à bout pacifiquement serait d’introduire de véritables réformes agraires, d’améliorer la vie des populations rurales en leur donnant accès à toutes les infrastructures qui leur manque cruellement, d’arrêter la déforestation et les déportations de populations.

Il est grand temps pour les responsables politiques en Inde de conduire des réformes fondamentales à visage humain, plutôt que d’être tout occupés à se graisser et à passer de gros contrats commerciaux…

Article initialement paru sur Agoravox. Nous le partageons car il exprime un point de vue iconoclaste mais il ne reflète pas forcément les idées de la rédaction sur le sujet!

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